C’est avec un mélange de surprise et de soulagement que j’ai pris connaissance de certaines des recommandations de printemps de la Commission européenne.
Ainsi, je ne peux que souscrire aux déclarations de la Commissaire européenne Minzatu chargée de l’Emploi et des Droits sociaux pour qui « la compétitivité reposera sur les personnes, les compétences qu’elles développent et les opportunités que nous leur offrons pour qu’elles puissent contribuer pleinement à nos économies et à nos sociétés. »
En effet, l’institution européenne, qui nous a jusqu’ici nourri au biberon de la compétitivité et à son chapelet de dérégulations sociales et environnementales (avec ses X « Omnibus »), se rend (enfin) compte de l’indispensable nécessité d’investir dans le capital humain pour renforcer la compétitivité de l’Europe.
Je dirais même plus : il n’y aura pas de compétitivité sans travailleurs compétents, formés tout au long de la vie, et dotés d’emplois de qualité.
Reste que je m’interroge sur la façon dont l’institution de Madame von der Leyen va intégrer cet impératif dans les dossiers en cours. Ainsi…
- Le principe de l’argent européen contre des réformes nationales (« cash for reform »), jusqu’ici mis en place pour mettre sous pression les salaires et l’indexation, les pensions et les soins de santé, sera-t-il désormais renversé pour viser l’adoption de politiques nationales qui renforcent les compétences, la qualité de l’emploi et les systèmes de protection sociale ?
- Le Fonds social européen, qui finance les politiques d’emploi (éducation, formation, lutte contre la pauvreté et les inégalités), parent pauvre au profit de la compétitivité et de la défense, aura-t-il enfin une ligne budgétaire propre à la hauteur de l’enjeu dans le futur budget 2028-2034 ?
- Les pénuries de main d’œuvre sont aussi le fait de la mauvaise qualité de l’emploi, en ce compris des salaires trop bas : est-ce à dire que la Commission va changer son fusil d’épaule, par exemple en matière de politique de « libre-échange », pour protéger les emplois européens ?
Enfin, la Commission européenne serait bien inspirée de sortir de sa posture défensive en considérant la transition climatique comme une opportunité de créer des emplois de qualité à haute valeur sociale et environnementale ajoutée…mais pour cela, elle doit faire du « Made un Europe » une priorité. Pour rappel, sur les 18 secteurs clés européens (énergie, acier, télécoms, chimie, automobile,…), seul l’aéronautique se porte bien et fait mieux que les concurrents américain ou chinois.
Il est urgent de sortir des politiques (de la Commisison ) qui se mordent la queue : en affaiblissant les créateurs de richesses que sont les travailleurs et en faisant le lit des extrêmes qui terminent de creuser leur tombe.
Hâte de voir comment ces recommandations de printemps vont se concrétiser…
