Stress, burn-out, dépression, harcèlement, personne n’est à l’abri de ces maux liés à notre épuisement par le travail.
Merci au docteur Brieuc Denis de l’école du savoir-être PRH Belgique et aux participants de « Burn-out, j’en sors » d’avoir partagé avec moi une de leur séance de travail.
Une séance sous la forme d’un tour de table qui a permis à chaque travailleu.se.r de faire le point sur le suivi de l’accompagnement proposé, en bénéficiant de l’écoute et de la bienveillance du groupe et en mettant l’accent, entre autres, sur les « apports » ou, au contraire, les « pertes » relevés ces derniers mois en termes d’énergie.
-Jean est bouleversé par la détresse affective, familiale et financière de certains de ses élèves, il est frustré de ne pouvoir les aider;
-Louise ne peut s’empêcher d’agir en fonction du regard des autres;
-Annie ne supporte plus son milieu de travail mais ne peut envisager de partir si l’employeur ne reconnaît pas tout ce qu’elle a donné à l’entreprise pendant 20 ans…
-Jacques s’est fait agressé par un élève et a du mal à se relever.
Quelques-uns des témoignages poignants entendus, qui incitent le formateur à inviter à la patience et à la bienveillance avec soi, à attirer l’attention sur le fait de ne pas donner au-delà de ce que l’on peut sous peine de se perdre, de comprendre ce qui est autour de nous sans pour autant tout vivre soi-même, d’accepter de faire nos deuils, de faire ce qui donne sens, d’oser exister, d’insister sur le chemin à parcourir (ne pas forcément aller vite, mais durablement),…
Les travailleurs entendus ont bénéficié de séances mensuelles pendant un an, pour se revoir aujourd’hui autour de rencontres (trimestrielles) de suivi.
Entendre ces témoignages d’expériences vécues me conforte dans l’impérieuse nécessité de travailler au niveau européen sur la question des risques psychosociaux.
Pour rappel
La digitalisation, la précarisation de l’emploi, une exigence de performance accrue, le harcèlement moral/sexuel, les violences, la souffrance éthique: les risques psychosociaux (RPS) sont devenus un enjeu majeur de santé publique. Et ils ne sont pas sans lien avec les pénuries auxquelles certains secteurs professionnels font face…
Les RPS concernent tous les secteurs d’activité et tous les niveaux hiérarchiques, et leur impact est considérable, tant sur les individus que sur les collectifs de travail et les performances économiques.
Ils touchent aussi les femmes, dont la pénibilité des tâches n’est pas toujours reconnue, et les jeunes, dont on sait qu’ils ne veulent plus travailler à n’importe quelles conditions.
Aujourd’hui, la protection des travailleurs face aux RPS dépend trop du pays dans lequel on travaille, une directive au niveau européen garantirait un socle de droits communs à tous les travailleurs.
C’est la raison pour laquelle, face à l’absence d’initiative contraignante de la Commission européenne en la matière, je prépare le dépôt d’un rapport d’initiative législative qui doit amener la Commission à légiférer avec (dans l’idéal) un texte dédicacé à cette seule problématique.
L’importance d’une telle législation est triple:
-contribuer à protéger la santé mentale des travailleurs, enjeu fondamental de dignité et de justice sociale;
-prévenir les coûts humains, sociaux et économiques des RPS : absentéisme, arrêts de travail, désengagement, conflits, turnover, voire suicides;
-enfin, une législation claire et ambitieuse permettrait de donner aux entreprises un cadre de référence solide pour agir efficacement, en accompagnant le changement sans le subir (via ea des formation du managment et des équipes).
Il devrait s’agir in fine d’une directive de la Commission qui crée des obligations légales :
-mettre en place des plans d’action;
-impliquer les travailleurs dans les décisions qui touchent à leur santé mentale;
-assurer un suivi par des inspections du travail formées à ces enjeux.
En Belgique
En Belgique, la législation sur la prévention des risques psychosociaux au travail est en place depuis plus de dix ans, avec une réforme majeure en 2014. Elle fait partie intégrante de la loi sur le bien-être au travail. Cette législation a plusieurs caractéristiques clés qui pourraient inspirer une approche européenne.
La loi belge ne traite pas seulement le harcèlement ou les conflits interpersonnels, mais englobe l’ensemble des risques liés à l’organisation du travail : surcharge, pression temporelle, manque d’autonomie, flou des rôles, insécurité d’emploi, exigences émotionnelles… Cette reconnaissance large permet une véritable approche préventive.
Les représentants du personnel, via les comités pour la prévention et la protection au travail, ont un rôle actif dans l’analyse des risques et le suivi des mesures. Cette participation renforce la légitimité des démarches et favorise des solutions durables.
La loi prévoit aussi une procédure interne pour les travailleurs en détresse : recours au conseiller en prévention spécialisé en RPS, procédure formelle en cas de harcèlement ou de conflit grave. Cela crée un espace sécurisé pour agir avant que la situation ne dégénère.
L’approche belge montre que les risques psychosociaux peuvent être encadrés de manière systémique. Ce n’est pas une question individuelle de « résilience » du travailleur, mais bien une responsabilité collective d’organiser le travail de manière saine.
À l’échelle européenne, ces principes sont transposables : obligation d’analyse, prévention primaire, participation des travailleurs, reconnaissance des RPS comme risques professionnels à part entière.
